Pyrénées ariégeoises
Loubet del Bayle

Loups

Le génie des loups


Loup« Nous n’avions pour eux aucune haine. Ils faisaient métier de loups comme nous faisions métier d’hommes. Ils étaient créatures de Dieu. Comme nous. Il n’y avait aucune cruauté en eux. Ils étaient nés prédateurs. Comme l’homme. Mais ils étaient restés prédateurs, alors que l’homme était devenu destructeur. Ils nous avaient donné, en quelque sorte, l’exemple d’un travail bien fait. Et c’est en quoi nous les acceptions, nous les respections.

Car nous avions appris (...) depuis longtemps, que nous étions tous partie prenante dans la même lutte pour la survie. Et que, si la nature pouvait à la rigueur se concevoir sans êtres vivants, il serait ridicule et impensable d’imaginer des êtres vivants sans la nature. »

Paul-Emile Victor, Le Génie des loups

 

Le Peuple Libre

 

Le livre de la jungle« Père Loup attendit jusqu’à ce que ses petits pussent un peu courir, et alors, la nuit de l’assemblée, il les emmena avec Mowgli et Mère Louve au Rocher du Conseil — un sommet de colline couvert de pierres et de galets, où pouvaient s’isoler une centaine de loups. Akela, le grand loup gris solitaire, que sa vigueur et sa finesse avaient mis à la tête du Clan, était étendu de toute sa longueur sur sa pierre ; un peu plus bas que lui se tenaient assis plus de quarante loups de toutes tailles et de toutes robes, depuis les vétérans, couleur de blaireau, qui pouvaient, à eux seuls, se tirer d’affaire avec un daim, jusqu’aux jeunes loups noirs de trois ans, qui s’en croyaient capable. Le Solitaire était à leur tête depuis un an maintenant. Au temps de sa jeunesse, il était tombé deux fois dans un piège à loups, et une autre fois on l’avait assommé et laissé pour mort ; aussi connaissait-il les us et coutumes des hommes.
On causait fort peu sur la roche. Les petits se culbutaient l’un l’autre au centre du cercle où siégeaient leurs mères et leurs pères, et, de temps en temps, un loup plus âgé se dirigeait tranquillement vers un petit, le regardait avec attention, et regagnait sa place à pas silencieux. Parfois une mère poussait son petit en plein clair de lune pour être sûre qu’il n’avait point passé inaperçu. Akela, de son côté, criait :
— Vous connaissez la Loi, vous connaissez la Loi. Regardez bien, ô loups !
Et les mères reprenaient le cri :
— Regardez, regardez bien, ô loups !
À la fin (et Mère Louve sentit se hérisser les poils de son cou lorsque arriva ce moment) Père Loup poussa « Mowgli la Grenouille », comme ils l’appelaient, au milieu du cercle, où il resta par terre à rire et à jouer avec les cailloux qui scintillaient dans le clair de lune.
Akela ne leva pas sa tête d’entre ses pattes mais continua le cri monotone :
— Regardez bien !…
Akela, le livre de la jungleUn rugissement sourd partit de derrière les rochers — c’était la voix de Shere Khan:
— Le petit est mien. Donnez-le-moi. Le Peuple Libre, qu’a-t-il à faire d’un petit d’homme ?
Akela ne remua même pas les oreilles ; il dit simplement :

— Regardez bien, ô loups ! Le Peuple Libre, qu’a-t-il à faire des ordres de quiconque, hormis de ceux du Peuple Libre ?… Regardez bien ! »


Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle

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